13/03/2013

Naturalisation: la Suisse coupe l'herbe sous ses pieds!

Le Conseil National a tranché. Désormais, la procédure de naturalisation sera soumise à des conditions supplémentaires: il s'agit, entre autres, de l'exigence du permis C et de la suppression de la naturalisation accelérée pour les jeunes de moins de 20 ans. Quid des conséquences?

Les chiffres parlants

En 2011, seul 1,7% de la population étrangère résidant à Genève a acquis la nationalité suisse, un taux inférieur à la moyenne de dix années précédentes. Sur l'ensemble de la population genevoise, le taux de naturalisation représente 0,67% sur une année. Ce chiffre démontre une réalite claire: même dans un canton avec une très grande minorité "non-suisse", nous sommes aux années-lumières du "run" sur les passeports suisses que l'extrême-droite dénoncait à un moment sur ses affiches politiques. Mais regardons plus loin.

40% de la population genevoise potentiellement concernée

La nationalité suisse n'est pas un droit (et ceci ne changera bien évidemment pas avec la modification de la loi votée par le CN). C'est un "privilège" accordé par l'Etat sur la base de conditions plus au moins objectives. Mais du côté des demandeurs, il s'agit souvent du seul moyen de rester, étudier, vivre en Suisse après de nombreuses années de résidence. Les plus touché-e-s par cette loi seront les permis B, les ressortissant-e-s des pays non-AELE ainsi que les jeunes. Bref, les jeunes étrangers et étrangères qui étudient dans nos universités et nos hautes écoles, déjà frappé-e-s par les restrictions, financières et administratives, du permis B étudiant. Ce de ces forces vives que la Suisse va se priver si la modification de la loi passe la rampe du Conseil des États.

Le jeu de la droite

Quand la Constituante genevoise débattait l'éligibilité des étrangères et étrangers au niveau communal, une des nombreuses avancées manquées, le discours de la droite était clair: "Mais ils n'ont qu'à demander la natu!". La même droite vient de durcir l'accès à celle-ci au niveau fédéral. Paradoxe ou jeu tactique qui s'inscrit dans une logique plus large, celle du repli identitaire? La Suisse s'est malheureusement souvent construite contre l'extérieur et non pas avec. Peu importe, les perdants sont toujours les mêmes, le peuple et les forces progressistes. Ces dernières vont se retrouver dans le même dilemme que face aux durcissement de la loi sur l'asile: les valeurs versus le manque d'envie de se prendre une défaite dans les dents.

Le jeu n'est pas encore fait mais le Conseil National vient de donner aujourd'hui un signal très alarmant. Cette affaire fait penser à Max Frisch, écrivain, cosmopolite et Suisse, qui disait peu de temps avant sa mort que la seule chose qui le liait encore à la Suisse était son "Reisepass". En vue du vote d'aujourd'hui, il se serait probablement tu, dégouté.

Olga Baranova, conseillère municipale socialiste en Ville de Genève