11/11/2015

Arrêtez de dénigrer le personnel de l’Etat qui fait la grève: il vous rend service!

Bildschirmfoto 2015-11-11 um 18.27.04.pngL’éternelle litanie « le personnel de l’Etat ne doit pas se plaindre, regardez, dans le privé c’est pire» que l’on entend à chaque mouvement social du secteur public et particulièrement maintenant, quand la marmite budgétaire et des mesures d’économie y relatives pousse des milliers de personnes dans la rue. Les arguments du type « c’est pire ailleurs » ne sont pas rares et témoignent la plupart du temps d’une absence d’arguments substantiels. Mais dans le cas la contestation de la mobilisation du personnel de l'Etat, cet argument est particulièrement insistant. Jusqu’à obtenir une certaine légitimité. A tort.

D’abord, sur le fond: les acquis sociaux, qu’ils fassent partie d’un contrat de travail privé ou du statut du personnel public, ne sont pas des privilèges. Si, visiblement, l’augmentation prévue du nombre d’heures de travail ne fait pas bondir tout le monde, une suppression du congé maternité ou des vacances ferait-elle un effet? Parler de privilèges ne fait pas de sens dans notre contexte – les droits dont nous disposons aujourd’hui ne sont qu’un minimum pour permettre à chacun-e un peu d’épanouissement dans sa vie en dehors du temps consacré à l’activité lucrative.

Mais revenons à l’opposition public-privé. Tout étudiant en première année de sciences politiques apprend qu’en Suisse, l’Etat se gère depuis un bon moment à l’image des entreprises privées. Cela n’est pas forcément profitable au citoyen, pardon, au bénéficiaire final, pardon, au client, mais c’est un fait. Les rares exceptions à cette « homogénéisation » entre le public et le privé comme la relative sécurité de l’emploi ou les salaires corrects pour les postes qui se trouvent en bas de l’échelle de traitement constituent aujourd’hui les revendications les plus urgentes dans le secteur privé. Face à la mobilisation insuffisante, voire absente, de certains secteurs d’activité souffrant le plus des conditions de travail inacceptables, les fonctionnaires (ou les maçons qui étaient dans la rue aujourd’hui) rappellent le simple fait que « subir » n’est pas une vertu, mais plutôt une externalité négative: l’inaction individuelle face à l’injustice la renforce.

L’inaction individuelle, voire le mépris des grévistes, est particulièrement mal placé si l’on pense aux mobilisations massives en faveur des employé-e-s du secteur privé (comme ce fut le cas, récemment, dans le cadre de la fermeture de Merck-Serono à Genève). Car la lutte contre l’abus de la « ressource humaine » est universel et ne regarde pas la base légale du contrat de travail. Les fonctionnaires et les employé-e-s du secteur privé sont, quand il s’agit d’attaques à leurs conditions de travail, dans le même bateau. Gardons-le à l’esprit la prochaine fois quand le bus aura quelques minutes de retard à cause d’un défilé. Ce défilé, chacun-e pourra en avoir besoin un jour ou l’autre.

Olga Baranova
Conseillère municipale socialiste
Ville de Genève