19/01/2015

Police municipale: derrière les revendications, un échec de gouvernance

 

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La réitération de la demande des agent-e-s des polices municipales d’être armé-e-s relayée aujourd’hui dans la Tribune laisse au prime abord sans voix. D’abord, parce que la question a été réglée récemment à large majorité  par le Grand Conseil (qui à répondu par la négative) et deuxièmement, parce que l’on ne peut que déplorer une récupération si peu fondée d’un événement très tragique. Mais le syndicat des APM a raison en un point crucial: c’est que aujourd’hui, les agent-e-s font de plus en plus face à des nouvelles compétences qui les rapprochent de la police cantonale. Cela va naturellement de pair avec une augmentation des risques et donc du sentiment de ne pas être suffisamment en mesure de se défendre.

 

La nouvelle LAPM, source de ses nouvelles compétences, a comme effet surtout une chose: on décharge la police cantonale de certaines tâches ce qui permet de faire au canton des économies tout en chargeant davantage les APM. C’est tout à fait logique vu l’état des finances du canton. Ces nouvelles compétences des AMP sont encore aujourd’hui vendues comme des mesures de renforcement de la coopération canton-communes en matière de sécurité, certes, maison arrive pas à dissimuler la prise en otage politique des APM qui en résulte. L’effet « policier suppléant » qui risque d’engloutir les derniers restes d’un sens donné à la notion de « sécurité de proximité » il y a fort longtemps devrait être combattu  par celles et ceux qui sont censé-e-s piloter la sécurité au niveau municipal. Parce que la police municipale doit être au service des habitant-e-s, dans les quartiers, les "points chauds" et avoir comme arme sa connaissance du terrain, des gens et des problèmes spécifiques d'un secteur à l'autre. Cela, nous le devons à notre propre cohérence politique et surtout, aux citoyen-ne-s qui nous font confiance d'une législature à l'autre.

 

Si depuis quelques législatures, la gauche en Ville de Genève laisse le soin de gérer les APM au seul représentant que la droite est capable de faire élire, quasiment chaque franc investi dans les nouveaux postes est accordé par la gauche. Cela n’est pas étonnant car, d’un côté, la droite (y compris le parti dont émane le magistrat) refuse de voter les budgets et de l’autre, la gauche reste profondément attachée aux notions de « prévention » et de « proximité » qu’elle choie depuis toujours. Et même quand ça devient évident que la gestion des APM n’est guère habitée par ces deux concepts, nous continuons à fermer les yeux et voter les budgets en espérant de passer pour la « gauche responsable ». Ce que nous sommes sans doute en accordant de l’importance à la sécurité – sauf que nous avons oublié ce que cette sécurité veut dire et par quels moyens nous voulons l’atteindre. Le problème, c’est que si nous ne le savons pas, personne ne le saura à notre place. Police – « gadget », police – « punching ball », police – « carte de visite » : autant de visions qui ne nous correspondent pas. Savoir quelle vision nous corresponde sera à mon sens le grand enjeu de la législature suivante.

 

Mais revenons aux revendications des APM: peut-être, à force de céder à la vision cantonale de la sécurité municipale, nous sommes allés trop loin. Peut-être devons nous effectivement armer les agent-e-s, les former au même titre que les policiers cantonaux, leur donner exactement les mêmes compétences. Et en transférer la responsabilité au canton – qui pourra désormais appliquer directement sa vision sur les quelques centaines de collaborateurs et collaboratrices en plus. Et la prévention, et la proximité ? Elle sera à réinventer.

 

 

03/05/2013

Ville de Genève: la commission des naturalisations doit disparaître!

L’affaire de l’élu municipal UDC qui a fait des avances à une candidate à la naturalisation est un scandale, une histoire dégoûtante qui orne la longue liste de curiosités politiques au négatif. Mais au-delà de cette triste nouvelle, triste à la fois pour l’élu en question et la crédibilité du monde politique genevois, il y a une systématique: celle de l’abus du pouvoir quand des décisions administratives personnelles deviennent une affaire des politiciens.


Le processus de naturalisation est douloureux. Cher, long et douloureux. Même si Genève ne pratique pas de tests contraignants, le processus reste une épreuve majeure pour les candidat-e-s. Les enquêteurs de l’Office cantonal de la population regardent de près tous les aspects de la vie d’une famille ou d’un individu, entre autre la situation fiancière, les amitiés avec des « Suisses », l’insertion dans un réseau associatif. Les rapports qui sortent de leurs enquêtes – et qui atterissent sur la table de la Commission des naturalisation du Conseil municipal de la Ville de Genève, une des rares communes qui n’a pas entièrement délegué cette compétence au Conseil administratif et donc l’administration communale – dévoilent souvent les aspects les plus intimes de la vie des candidat-e-s (comme les maladies et les moments difficiles de la vie). Les candidat-e-s, quant à eux, ne pourront jamais consulter ces dossiers, même en cas de procédure aboutie favorablement.

 

La présence de ladite commission dans le processus le rend encore plus difficile et encore plus long. Les comissaires n’ont qu’un droit de préavis et aucun pouvoir d’enquête – lequel ils n’hésitent pas à s’accorder eux-mêmes. Si les fonctionnaires de l’OCP agissent – certes avec une certaine marge discrétionnaire – dans le strict cadre de la loi – les Conseillers municipaux y mettent de leur idéologie et de leur vision du monde (les éléments pour lesquels ils ont été élu-e-s, tout de même) pour palier à l’absence de compétences réelles dans la matière. Ce petit passage par les « mains municipales » amene donc dans le processus de naturalisation une sacrée marge d’arbitraire. Et pour les candidat-e-s parfois même un choc et une perte de confiance profonde envers les élu-e-s du peuple tandis que certain-e-s élu-e-s se plaisent dans cet exercice douteux de pouvoir symbolique


Il n’y a donc qu’une seule solution à cet état de semi-non-droit: dissoudre la commission et ne garder que la décision administrative émanant du Conseil administratif. Rien nous empêche de recontrer les candidat-e-s à la naturalisation dans le stricte cadre des soirées d’information, voire d’offrir des cours sur l’histoire et la politique suisse (pour couper, entre autres, l’herbe sous les pieds des « faiseurs des Suisses autoproclamés » qui font payer leurs services à la hauteur de plusieurs milliers de francs). D’ailleurs, il y a une motion de l’élu socialiste Pascal Holenweg qui va dans le même sens. Et peut-être le dernier scandale est une raison de plus pour accélérer sa marche.