11/12/2012

Le permis « travail-formation »: un palliatif douteux

On ne finit pas de féliciter la gauche quant au débat sur les enjeux de la migration. Enfin un débat qui sort des concepts purs, qui se penche sur des propositions concrètes et qui se nourrit des positions tranchées. Dans cette lancée, Antonio Hodgers, Conseiller national vert, nous propose un projet de permis « travail-formation » qui instaurerait le « système de migration circulaire, basé sur le travail », permettant aux sans-papiers de bénéficier, à la fois, d’un statut relativement régulier ainsi que d’une formation « d'une demi-journée par semaine dans un métier utile dans leur pays d'origine » (les modalités de cette formation restant obscures). Tout cela pendant 1-2 ans. Juste le temps de s’installer, s’intégrer et… s’en aller.  Car, cette mesure « novatrice » prévoit également le bâton avec la carotte : les sans-papiers devront quitter le pays à l’échéance du permis, faute de quoi l’argent accumulé grâce à l’assurance sociale ne leur sera pas versé.


Cette mesure soulève plusieurs questions, pragmatiques et idéologiques à la fois. J’ai tendance à croire que le « homo economicus » est sociologiquement mort, voire, il n’a jamais existé à part dans la tête de certains apôtres de la théorie du choix rationnel. Les besoins purement matériels des individus restent sans aucun doute une des raisons de la migration : mais quid de l’envie si humaine de vivre dans la sécurité, de pouvoir donner une bonne formation à ses enfants, de bénéficier d’un système de santé de qualité ? Il n’y a de loin pas que le fric qui fait venir – et surtout rester – les gens en Suisse.


En ce qui concerne l’orientation purement utilitariste de la mesure proposée par M. Hodgers, elle prétend avant tout de répondre aux craintes d’une grande partie de la population quant au marché de l’emploi, à la fois dépendant de la main d’œuvre étrangère et saturé dans certains domaines fortement exposés à la concurrence internationale. Là aussi, la mesure ne répondra pas au plus grand enjeu : le déclin du secteur secondaire. Tant que la Suisse délaisse ses industries et des centaines d’employé-e-s du secteur se retrouvent à la rue, nous n’allons pas pouvoir résoudre le problème lié au chômage structurel, malgré toutes les offres de reconversion professionnelle. Une économie saine a besoin d’être diversifiée - cette maxime doit enfin être prise au sérieux par les responsables politiques. Le Parti socialiste suisse a déjà pris les devants en déposant l’initiative « Cleantech » qui renforcera, si elle votée, l’investissement dans le secteur des énergies renouvelables et donc dans des emplois manuels.


Tout compte fait, le « permis travail-formation » n’est qu’un palliatif douteux face aux enjeux, à la fois, des sans-papiers et du chômage. La régularisation, l’accès à toutes les formations (universitaires comme techniques) restent les seules vraies solutions face à la situation des sans-papiers. « Kein Mensch ist illegal ! » a-t-on envie de dire face à l’hypocrisie ambiante, qui, quant à elle, reste encore parfaitement légale dans la politique.

 

 

Genève, le 11.12.2012

Olga Baranova, Conseillère municipale en Ville de Genève


N.b.: Les citations sont tirées de l'article de la Tribune de Genève paru le jour même.