04/09/2015

La Maison des associations: du mépris très mal placé

4865338859_5479704ee8_q.jpgL’annonce du lancement de deux initiatives visant – d’une manière ou d’une autre – le redressement financier de la Fondation pour l'Expression Associative et la rénovation/extension de la maison des associations qu’elle gère peut paraître surprenante à celles et ceux qui ne côtoient pas régulièrement cet endroit. Pourtant, le combat de la direction du  principal bailleur des associations genevoises (aux couleurs très locales comme internationales) a débuté il y a un certain temps déjà. On peut bien évidemment se poser la question de la pertinence de certains actions – comme, par exemple, le dépôt d’une pétition au Conseil municipal de la Ville de Genève assortie d’un projet de délibération (sic!) portant sur plusieurs millions, une pratique relevant plus de la bonne volonté un peu naïve que du vrai travail de lobbying institutionnel -  mais il faut aussi accepter un simple constat : la direction de la maison des associations est très seule dans sa démarche.

 

Les attaques se multiplient: le « fief d’extrême-gauche » n’aurait pas sa raison d’être, supprimons-le (je me réfère au statut facebook d’Eric Bertinat du jour)! En période électorale et budgétaire, ces propos risquent fortement d’être repris à tous les niveaux par ceux qui, aujourd’hui, sont majoritaires dans le parlement cantonal et le délibératif municipal. Pour cette raison-là il est impératif de rappeler quelques enjeux derrière ce grand bâtiment vétuste. 

Premier constat: en jetant un coup d’œil même très rapide sur la liste des locataires de la maison des associations, on se rend rapidement compte qu’un nombre très important d’associations qui façonnent le visage de l’engagement genevois y est présent. Leurs domaines d’activité recouvrent la santé, la migration, la prévention, la coopération internationale, les droits humains, la culture et j’en passe… un véritable essaim à production et diffusion d’humanité! Personne n’oserait s’imaginer notre canton sans leur action. Pour l’instant, nous avons collectivement fermé les yeux devant la nécessité d’améliorer les conditions dans lesquels ces associations accomplissent leur travail au quotidien. Aujourd’hui, cette posture devient plus irresponsable que jamais.

La question fondamentale derrière la maison des associations dépasse d’ailleurs largement celle-ci. Quelle place voulons-nous au monde associatif et quelle importance accordons-nous à la Genève internationale non-gouvernementale ? Serions-nous prêts à faire mourir les « petits », voire les « moyens », qui, faute de locaux commerciaux à prix très modestes, devront tout simplement cesser leur activité ? Quand arrêterons-nous de décliner à toute occasion les atouts de la « Genève internationale » et n’avoir en tête que le Geneva Opera Pool ? D’ailleurs, les associations locataires, c’est aussi une activité économique importante et un nombre conséquent de places de travail. Sans parler, bien évidemment, du fait que les très nombreux événements qu’elles créent sont toujours une occasion bienvenue pour les politiciens de tout bord politique pour « voir et être vu ». Et n’oublions pas le futur bradage de la FCIG, bailleur public des ONG, qui risque de chambouler le monde associatif.

Bref. L’avenir de la maison des associations, c’est l’avenir de notre tissu associatif. C’est aussi simple que ça. Bien évidemment, un nouveau souffle ferait énormément du bien à cette institution, en termes de gestion comme en termes de prestations : mais pour cela il faut des moyens financiers. Et celles et ceux qui prétendent aujourd’hui que les « priorités sont ailleurs », ne font que dévoiler leur plus profond mépris pour l’essence-même de Genève. Celle qu’ils prétendent défendre.

 

12/08/2015

Gouvernance: quand Genève veut, elle peut?

sis,vile de genève,charges,équivalence fiscale,sapeurs-pompiers,intercommunalLa nouvelle est passée quasiment inaperçue cet été caniculaire : la mutualisation de l’exploitation et des achats des véhicules de la voirie entre la Ville et le canton. C’est bien dommage, car en signant cet accord, les deux ministres démocrates-chrétiens ont enfin touché à une pointe de l’iceberg. Cet iceberg, ce sont les cas d’utilisation pas très optimale des denrées publiques.

 Si, au moins, le service de la voirie est partagé entre la Ville, le canton, les communes et les privés, d’autres services vitaux émanent d’un seul prestataire. Un bon exemple est le service d’incendie et de secours (SiS) de la Ville de Genève. Historiquement, la Ville détient le « monopole » des sapeurs-pompiers professionnels sur le territoire du canton. Et les chiffres montrent aussi qu’elle détient à peu de choses près le monopole de leur financement.

 Environ 40% des interventions du SiS se déroulent en dehors du territoire de la Ville de Genève – et donc sur le territoire des autres communes genevoises. En 2014, le service a coûté 53 millions à la Ville, dont seulement 11 ont été couverts par la participation financière intercommunale. Près de la moitié de la facture imputable aux autres collectivités publiques est donc portée par la Ville - et cela depuis des années.

Pour que les communes contribuent d’avantage au coût de leur propre sécurité, il faut leur donner logiquement leur mot à dire – via un outil de gouvernance intercommunal. Cet outil faisait partie du « package » des promesses qu’on avait lié il y a quelques années au projet convergenceS (qui visait la fusion entre les compagnies de sapeurs-pompiers de l’aéroport et de la Ville de Genève). Le projet a été enterré en toute simplicité, un crédit d’étude assez conséquent avec. A ce stade, la Cour des comptes s’en est chargée, tandis que la promesse relative à la gouvernance demeure politiquement orpheline.

Cet enjeu n’est pas que la n-ème plainte de la ville-centre quant aux charges gigantesques auxquelles elle doit faire face à cause de ses nombreuses particularités. L’enjeu du SiS touche également les plus petites communes, qui entretiennent (parfois à grands frais) des compagnies de sapeurs-pompiers volontaires. Ces communes profiteraient autant d’une mise en commun des forces que la ville, pour une meilleure coordination, une meilleure politique d’achats et surtout, au final, pour plus de sécurité pour leurs habitant-e-s.

L’histoire n’est donc pas une simple question d’argent. Même si l’argent reste au centre du débat, surtout si on pense aux futurs investissements que la Ville devra faire pour maintenir le niveau de qualité des interventions. Une nouvelle caserne, pour l’instant, ça coûterait surtout à la Ville. Et ça profiterait à 44 autres communes.

La gestion du SiS n’est au final qu’un exemple. Le plus important, c’est le sentiment que nous serions probablement capables d’améliorer l’efficience et l’efficacité de nos politiques publiques autrement qu’en faisant du « forcing » cantonal top-down qui provoque plus de frustration qu’il n’entrainera d’améliorations. Mais, hélas, on semble préférer aujourd’hui les mastodontes légaux à la vraie gouvernance.  

 Image: (cc-by) Alex Holzknecht/flickr

08/03/2015

Femmes en politique: sortons de l’impasse!

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Les périodes électorales sont entourées par de nombreuses traditions, dont celle de la préoccupation générale pour la question de la représentation des femmes sur les listes et dans les parlements (ou collèges). Mais ce n’est pas uniquement la question qui revient – le statut quo discursif également. Ainsi, la droite, à quelques exceptions près, continue à ne rien faire; et la gauche s’auto-félicite d’avoir gratté suffisamment parmi ses membres pour pouvoir montrer une parité (comme chez les Verts) ou un quota (comme au PS). Institutionnellement, on fait des apéros « réseautage » et on distribue des manuels qui font passer en revue les stratégies de communication et le bon usage des réseaux sociaux. Je suis loin de vouloir fustiger ces efforts mais il est vrai que face aux 70% de sièges occupés par les hommes, les stratégies déployées actuellement laissent à désirer.

 

Sortir du discours « femmes » pour plus d’égalité

Ça peut paraître paradoxal, mais une des pistes qui pose à mon sens problème dans l’approche actuelle de la question d’égalité en politique, c’est la focalisation quasi-essentialiste sur la « politique au féminin ». D’abord, parce que la communication, institutionnelle, associative ou partisane sur la question semble s’adresser systématiquement à un groupe homogène au sein du monde politique. Bien évidemment, les femmes peuvent rencontrer des problèmes similaires dans leur parcours politique, mais en dehors de ces problèmes, l’engagement s’est diversifié. On peut être une débutante qui a besoin d’un coup de main tout comme on peut être une « bête » expérimentée, une « ténor » polémique ou une « travailleuse discrète ». Malgré toutes les oppositions réactionnaires, le fait d’être une femme limite de moins en moins l’éventail de rôles que l’on peut jouer sur la scène politique. Il faut donc reconnaître le fait que qu’une communication qui ne prend pas en compte cette diversité est vouée à l’échec.

 

Le deuxième souci de l’approche actuelle consiste dans le fait qu’elle semble ignorer le nombre croissant d’hommes qui portent avec beaucoup de conviction et d’engagement la cause de l’égalité. Le présupposé éternel selon lequel les femmes sont les seules (ou meilleures) ambassadrices de cette cause dans l’arène politique ne rend pas justice à ces hommes – et, au final, décourage la transformation de l’appropriation de la question d’égalité par l’ensemble de la société. La lutte pour l’égalité ne peut plus se limiter aux groupes subissant directement son absence (peu importe le domaine, d’ailleurs) : sa survie est conditionnée à l’ouverture.

 

Partis politiques: tout reste à faire

Malgré les efforts considérables des collectivités publiques dans le domaine de l’égalité, la responsabilité principale reste auprès les partis politiques. Le recrutement des candidatures féminines ne devrait pas commencer la veille de clôture des listes, la représentation dans les organes dirigeants n’est de loin pas juste une affaire de modifications statutaires. Ce qui nous manque – même à gauche – c’est une véritable politique de formation. Mais non pas une formation « femmes » ou « hommes », une formation axée sur les capacités, engagements et disponibilités de chacun. La politique est une affaire indéniablement polarisante, stratégique et conflictuelle : même si nous l’affrontons tou-te-s de manière différente et que nous rencontrons des difficultés variées, les outils techniques de compréhension et analyse sont la base d’un engagement efficace. Ces outils ne relèvent pas du procéduralisme, ils sont vitaux afin de donner à celles et ceux qui aiment le bruit de moteur assourdissant de la politique la possibilité de le supporter le plus longtemps possible. Tout cela pour un but ultime: rendre la société plus juste. Et plus égalitaire.

 

16:26 Publié dans Genève, Humeur | Tags : femmes, élections, 8mars | Lien permanent | Commentaires (0)